Une source peu connue: les registres d’étrangers

Après novembre et le challengeAZ, voici février et le mois GeneaTech. En plus des conférences journalières GeneaTech nous incite à reprendre l’écriture en participant au #DéfiEcriture, avec un thème par semaine. Cette première semaine est consacrée aux sources peu connues. Après quelques hésitations j’ai décidé de vous parler des registres d’étrangers.

Selon le décret de 1888 pris par l’Assemblée Nationale le 2 octobre 1888, tout étranger résidant 15 jours ou plus en France doit se déclarer à la mairie. Pour cela il lui faudra déposer des pièces prouvant son identité et celle de sa famille.

La conséquence directe de ce décret est qu’à cette époque (et au moins jusque dans les années 20) les communes ont tenu des registres d’étrangers dans lesquels on notifiait :
1 – le nom (complet souvent, donc pour ceux d’origine “ russe ” avec le patronyme – prénom du père + suffixe)
2 – la ville d’origine (et le pays)
3 – le nom des parents du déclarant (mais juste le prénom et le nom de famille) de façon facultative
4 – la date d’arrivée en France (et le lieu)
5 – le numéro attribué à son arrivée en France
6 – son adresse dans la commune
7 – son métier
8 – les membres de sa famille vivant avec lui.

Une autre conséquence est le dépôt de certains papiers de famille auprès de l’administration.

Ceci est la théorie, mais dans la pratique le chercheur est confronté à quelques difficultés.

Tout d’abord, ce registre est quasiment inconnu de tous, donc le demander n’amène souvent à rien, il faut chercher (fouiller serait sans doute plus exact) dans toutes les séries et tous les cartons possibles. Les papiers accompagnant ces déclarations sont généralement mal classés, quand ils existent encore.

Ensuite, certains registres ou certains papiers ont été “ perdus ” (c’est-à-dire, jetés ou brûlés car jugés inutiles et encombrants). Ainsi, ma famille avait donné à l’administration le livret militaire du père de famille, le certificat de mariage avec le nom des parents, les certificats de naissance de tous les enfants nés en Russie, et un certificat de bonne conduite (énumération trouvée dans une liste d’étrangers qui devait être un brouillon du registre alors que les pièces elles-mêmes n’ont jamais été retrouvées).

De plus toutes les communes n’ont pas conservé ce registre. Ainsi à Paris, je n’ai encore rien trouvé (il n’est pas toujours aisé de consulter librement les archives de la préfecture de police et des mairies, il faut expliquer ce que l’on cherche et bien sûr, ils disent ne rien avoir).

A Nancy, aucun registre mais des fiches pour chaque famille arrivant à Nancy. Dans certains cas il y a plus qu’une fiche. Par exemple pour mon arrière-arrière-grand-père les archives de Nancy ont conservé la lettre qu’il avait envoyé pour demander des informations sur les possibilités d’immigrer. C’est une vraie chance que de pouvoir consulter ces documents, sans même parler de l’émotion à voir ce courrier écrit par mon aïeul.

Mais il y avait aussi des fiches plus simples : comme celle concernant les certificats de baptêmes de la famille Ephretikine/Ephreïterine.

Dans la famille circulait l’histoire que Esther, était venue avec ses parents visité son frère Boris vers 1910. Cette fiche indique que c’est en 1909 qu’elle est venue.

Ces papiers, disséminés, cachés, ici ou là, détiennent parfois la clé d’un mystère, encore faut-il les trouver.

Pour en revenir aux registres proprement dits, le meilleur moyen est de chercher dans toutes les communes où ces “ étrangers ” ont vécu. Lorsqu’ils se sont fait naturaliser, on peut trouver généralement ces adresses dans le dossier de naturalisation.

Personnellement, j’ai pu consulter le registre de Villiers-sur-Marne pour les années 1915-1924. Voilà un exemple de ce que j’y ai trouvé pour ma famille et pour les quelques familles « étrangères » de Villiers.

Date VisaNom PrénomNaissanceAdresseArrivée en F.VisaMétierObservation
1918/04/02 parti le 3/3/1921JOUDELSON Peretz7/2/1860 Russie34 rue de Noisy12/7/19067/4/1918 NancyMarchand de SavonSa femme et sa fille
1923/08/29HINEZKOPF Nojzesz1869 VarsovieRue Chennevières
29/8/1923Médecin
1923/08/29HISZKOPF Noma1887 VarsovieRue Chennevières
29/8/1923Sans
1923/08/29CHPLEVOI Gregory28/9/1898 Kaklinka (russe)Rue Chennevières
29/8/1923Marin
1923/08/29KHADJINOFF Michel1/11/1897 MarioupolRue Chennevières
29/8/1923Marin
1923/08/29GORBATOFF Joseph24/5/1898 StaintzaRue Chennevières
29/8/1923Manœuvre
1924/10/21BLANCK Robert29/11/1891 Odessa27 av. Gal Joubert
4/10/1923Tapissier
1924/10/21BLANCK née HAAS Marcelle22/3/1893 Paris 18è (russe par ∞)27 av. Gal Joubert
4/10/1923Brodeuse
1929/08/28SCHINHARENKO Théodore17/2/1899 Rostoff28 rue de Paris

Coiffeur
Extrait du registre des étrangers de Villiers-sur-Marne © Archives Départementales du Val-de-Marne

Ensuite par curiosité et aussi par acquis de conscience, j’ai consulté le registre en son entier (la commune étant assez petite, ce n’était pas trop long). Et par hasard j’ai découvert un étranger du nom de Meyersohn Meilach qui m’intrigua.

Reg.Date et LieuNationalitéNom-PrénomNaissanceParentéProfessionVilleDépartCommuneVisa
3214f°70Pref Pol. 6/15/1912RusseMEYERSOHN Meilach3/2/1891, Tchoudanov (Russie)Moïse Schulmanova SarahG° AvifleurParis, 23 r. Vieille Temple25/5/191557 rue de Paris28/5/1915
Extrait du registre des étrangers de Villiers-sur-Marne © Archives Départementales du Val-de-Marne

C’est le nom de la mère, Sarah Schulmanova, qui m’intrigua, car le beau-frère de mon arrière-arrière-grand-père Pierre Judelsohn se nommait Moïse Schulmann. Nous savons qu’ils ont eu une fille, mais le prénom n’est pas connu de manière certaine. De plus quand la famille a quitté Nancy au début de la première guerre mondiale, ils ont eu plusieurs adresses à Paris, Gentilly… mais par contre ils se sont installés plus durablement à Villiers-sur-Marne, où ils ont vécu au moins 1 an. Il semblerait qu’il n’ait quitté Villiers-sur-Marne que lorsqu’ils ont acheté leur maison à Pavillons-sous-Bois. Ce Meilach Meyersohn serait-il une partie de l’explication de l’installation à Villiers, ou n’est-ce qu’une coïncidence? Pour l’instant rien d’autre ne vient confirmer ou infirmer cette hypothèse, mais au moins l’information est là.

Ces registres et papiers peuvent donc être une aide précieuse pour appuyer nos histoires de famille, pour nous amener à émettre de nouvelles hypothèses. 

Sur Gallica vous pouvez retrouver dans le JO du 4/10/1888 le texte du Décret relatif aux Étrangers résidants en France

Les décrets ultérieurs dont la liste est jointe ne font que confirmer et préciser le décret d’octobre 1888. Ils sont tous consultables sur Gallica.

Décret du 8/8/1893 dans JO 9/8/1893 : Loi relative au séjour des Étrangers en France et à la Protection du travail national

Décret du 2/8/1914 dans le JO 2/8/1914 : Décret relatif aux mesures à prendre à l’égard des étrangers stationnés en France

Décret du 2/4/1917dans le JO 7/4/1917 : Décret portant création d’une carte d’identité à l’usage des étrangers

Ce décret est important car il est à l’origine des cartes d’identité que nous retrouvons dans les papiers de famille, et qui sont parfois le point de départ de nos recherches.

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